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La prévoyance en Suisse

Il est souhaitable de compenser les failles du système avec une prévoyance individuelle basée sur des investissements en bourse, limités mais réguliers et à long-terme, au moyen de véhicules diversifié.

Le système suisse de prévoyance se base sur trois pilier, ce qui lui permet d’offrir une certaine solidarité avec un degré de flexibilité individuelle. Mais l’égoïsme de chaque génération et la radicalité des positions le met aujourd’hui fortement en péril. Cette situation est similaire dans de nombreux pays en Europe et en Amérique. Ainsi, les lecteurs/ investisseurs “do-it-yourself” de tout horizon pourront bénéficier du positionnement envisagé en fin d’article et le comparer avec leur situation. Un survol de la partie centrale plus spécifique aux lecteurs suisses peut également être envisagé.

Les trois piliers

  • Le premier pilier (AVS) est financé de manière solidaire par toutes les personnes, salariées et non salariées;
  • Dans le deuxième pilier (LPP), les personnes employées – avec l’employeur – épargnent en principe pour elles-mêmes. La solidarité existe tout au plus au sein d’un fonds ou entre différentes classes de personnes;
  • Dans le troisième pilier, toute personne peut défiscaliser un montant annuel limité.

Il existe différentes méthodes de financement pour les trois piliers, ce qui contribue à la robustesse de la structure globale : Système par répartition pour l’AVS, système par capitalisation pour la LPP ; le financement du troisième pilier est libre et individuel, en partie défiscalisé.

Problème des retraites

Dans le sujet sensible de l’argent et des retraites, il faudrait parvenir à dépolitiser certains paramètres. Le niveau du taux d’intérêt n’est pas un paramètre politique même si des banques centrales moins indépendantes, comme la BCE, se plient aux exigences de la politique. L’espérance de vie ne peut être définie par les politiciens alors qu’elle a un impact crucial sur le montant des rentes.

Ainsi, de nombreux autres pays de l’OCDE ont depuis longtemps relevé l’âge de la retraite, même si leur population a une espérance de vie moyenne légèrement inférieure à celle des Suisses. Si l’on compare le système de retraite suisse à ceux de pays relativement proches comme les Pays-Bas, de la Suède et du Danemark, ces pays ont tous lié l’âge de la retraite à l’espérance de vie. Cependant le rapport qualité-prix est souvent moins bon comparé aux meilleures caisses de pension en Suisse. En effet, les grandes caisses sont relativement efficientes et charge peu de frais administratifs par utilisateurs.

Réformes en discussion

Dans le cadre du sauvetage du système des retraites, différentes options pragmatiques sont avancées:

  • Cotiser plus tôt: Avec l’avancement de l’épargne-retraite aux jeunes de 20 ans, les jeunes professionnels pourraient constituer leur prévoyance vieillesse (quatre ans) plus tôt.
  • Baisse du taux de cotisation de l’employeur pour les plus âgés: Une proposition est d’adapter le taux de cotisation de 14 % pour les plus de 45 ans. Cette idée est judicieuse car cela pourrait permettre aux personnes âgées de trouver plus facilement un emploi. Le taux actuel pour les plus de 55 ans est de 18 %, ce qui entrave l’employabilité des plus âgés.
  • Limitation du paiement de l’avoir de prévoyance: Le versement en capital des avoirs de prévoyance du deuxième pilier ne devrait être possible – à l’exception de la propriété du logement – que lorsque la prévoyance vieillesse est garantie par d’autres moyens.

Alors que la génération active finance les retraités dans l’AVS (1er pilier), chacun épargne en principe pour lui-même dans la prévoyance professionnelle. Cependant, il existe de multiple mécanismes de solidarité dans le deuxième pilier – entre jeunes et vieux, célibataires et mariés, bien portants et handicapés: la conséquence est qu’aucun assuré ne reçoit exactement ce qu’il a versé à la caisse de pension. Il est louable que ce système couvre les conséquences financières du décès et de l’invalidité ou que les assurés supportent conjointement le risque d’une mauvaise performance de la caisse de pension, par exemple en raison d’un krach boursier. Que les femmes bénéficient du même taux de conversion que les hommes au moment de leur retraite alors qu’elles en profitent en moyenne trois ans de plus que les hommes au vu de leur espérance de vie plus élevée ne semble pas un souci non plus et n’est pas remis en question.

Clivages politiques sur les retraites

Le problème centrale et indiscutable est la redistribution massive des assurés actifs vers les retraités qui déstabilise de plus en plus le système, alors que les retraités ont souvent bénéficié d’un taux d’intérêt plus élevé au cours des dernières décennies et bénéficient ensuite d’une garantie d’intérêt à vie lors de leur départ à la retraite.

Pour y remédier, chaque parti pousse pour une méthode de financement qui arrange ses intérêts, ce qui bloque toute solution. La gauche souhaite par exemple étendre le principe de solidarité de l’AVS au deuxième pilier (avec un une proposition d’augmentation de 0,3 pour cent de salaire de toutes les personnes actives) en vue d’atténuer les pertes probables de rentes. Ce n’est en aucun cas une solution puisqu’il s’agit d’une nouvelle redistribution des jeunes vers les personnes âgées alors qu’il y aurait d’autres options pour atténuer les pertes de pension qui pourraient survenir si le taux de conversion est abaissé (baisse de 6,8 à 6 % en discussion aujourd’hui). Les avis divergeront également, selon leur mouvance politique, sur une redistribution accrue, prévue dans la réforme, des assurés ayant un salaire plus élevé vers ceux ayant un revenu plus faible. Ceci est déjà le cas avec l’AVS (premier pilier) et n’était pas prévu dans la prévoyance professionnelle. De plus, les salaires en dessous de 86’040 francs suisses qui sont obligatoirement assurés, bénéficient déjà d’un taux de conversion minimal LPP (deuxième pilier) de 6,8 %, fixé politiquement, qui est trop élevé. Les salaires en dessus de ce montant, donc aussi de nombreux membres de la classe moyenne, sont aussi impactés puisqu’ils recevront une conversion moindre.

Sans la solidarité, la prévoyance professionnelle en Suisse ne fonctionnerait pas. Mais s’il y en a trop, le système devient lourd et incontrôlable. Les déséquilibres doivent être corrigés afin de ne pas mettre en péril la crédibilité de la prévoyance professionnelle et donc aussi du système suisse des trois piliers. Même si certaines réformes aboutissent, il devient préférable pour une personne bien préparée de baisser son exposition au système de retraite. Une possibilité immédiate est offerte en réduisant partiellement ce capital en vue d’acheter une maison par exemple ou en considérant l’approche ci-dessous.

Mesures pour l’investisseur do-it-yourself

Actuellement, la caisse de pension (deuxième pilier) est le principal actif de nombreuses personnes en Suisse. Les taux d’intérêt ultra-bas et les tendances démographiques – combinés à l’absence de réformes politiques – ont placé le deuxième pilier dans une position précaire ces dernières années. L’impossibilité de maintenir les paiements prévus et de remplir les obligations conduira probablement à créer de l’inflation afin de réduire, sinon de nettoyer les dettes du passé.

Si vous êtes un travailleur actif et vous préoccupez, à juste titre, de la baisse d’attractivité de votre prévoyance professionnelle, il est possible de la réduire (en cotisant moins ou en effectuant des retraits sous certaines conditions). Il vous sera ainsi possible d’épouser une approche de prévoyance plus individuelle (même si malheureusement souvent moins bien optimisée fiscalement). Le premier pilier laisse peu de marge de manœuvre, mais il est recommandé de faire les déductions maximums au niveau de la prévoyance libre. En plus des trois options officielles (trois piliers), il est souhaitable de compenser les failles du système avec une prévoyance individuelle comme recommandé sur ce site: Investissements limités mais réguliers à long-terme au moyen de véhicules diversifiés (ETFs émis par Vanguard et iShares par exemple). Cette participation à la bourse, même si risquée permettra de contrer partiellement les méfaits de l’inflation si elle se matérialise, car il s’agit du scénario qui nous paraît le plus probable. Un autre scénario, beaucoup plus optimiste pourrait aussi être envisagé avec un nirvana économique et une prospérité pour tous rendue possible par des robots et l’Intelligence Artificielle: Ceci permettrait un revenu universel versé par l’Etat (comme on le retrouve pour les citoyens du Qatar qui vivent dans l’abondance de ressources naturels) et résoudrait le problèmes des retraites. Cette évolution n’est pas impossible mais sa probabilité est nettement plus basse qu’un affaiblissement du régime des retraites couplées à l’inflation qui est notre scénario attendu. Il vaut mieux ne pas compter sur une résolution magique de ces impasses financières et construire un portefeuille diversifiée d’actions d’entreprises sur la durée.

Source: 
www.ch.ch
Versicherte sollten privat vorsorgen, 08.09.2021, Neue Zürcher Zeitung
Trend der sinkenden Renten gestoppt, 27.10.2021, Neue Zürcher Zeitung