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Une année 2024 asiatique (4ème trimestre 2023)

Pour ce dernier update de l’année, nous allons faire une courte revue de certains risques d’un point global macro en 2024, une appréciation plus détaillée de la situation des monnaie et des actions en Asie, et terminer avec quelques réflexions sur de possible points d’entrées pour les investisseurs self-made en actions.

Risques et prudence en 2024

2024 offrira-t’il un environnement favorable aux actifs à risque?

Pour Oaktree, l’environnement devrait continuer à être très différent de ce qu’il était récemment et il est peu probable que l’on revienne à un monde prépandémique avec des taux d’intérêt proches de zéro. La banque DBS estime de son côté que les taux américains atteindront leur maximum, car les données économiques sur la croissance et l’inflation indiquent un ralentissement. Cette baisse des taux d’intérêt pourrait encourager des investissements en actions malgré des prix élevés, faisant suite à la déception causée par les baisses de 2022, puis d’une reprise généralisée en 2023.

Il est bien sûr tentant de supposer que 2024 sera une année plus favorable aux actifs à risque et l’atterrissage en douceur de l’économie américaine reste le scénario de base, étant donné l’absence de déséquilibres structurels (au niveau des ménages et des entreprises, mais pas au niveau des états). Historiquement (1989, 2000 et 2007), les grands cycles d’assouplissement monétaire ont cependant annoncé des récessions. Même un “soft landing” n’empêchera pas les actifs à risque de subir une volatilité substantielle. Les autres éléments fondamentaux sont à prendre en considération pour évaluer les risques d’investissement en 2024:

  • L’écart de rendement (yield gap), qui correspond à la différence entre le rendement des bénéfices des actions et le rendement des obligations du Trésor américain à 10 ans, est devenu négatif en octobre 2023 selon les recherches des banques. Cela signifie que l’on n’est plus rémunéré pour prendre un risque sur les actions (par opposition à la détention d’obligations). Toutefois, les investisseurs sont toujours prêts à accepter un rendement du risque aussi faible, probablement en raison de l’historique attrait des actions américaines, qui ne se répétera probablement pas.
  • Les devises asiatiques pourraient commencer l’année 2024 avec une certaine volatilité, la Chine doublant ses menaces avant les élections présidentielles et parlementaires de Taïwan en janvier. En Chine, après trois années de désendettement, un léger rebond se profile pour le secteur immobilier chinois, mais pas encore une normalisation. Les maisons inachevées, les dettes des gouvernements locaux et les risques géopolitiques constituent toujours des risques.

De manière plus anecdotique, on notera:

  • Oaktree indique qu’un grand nombre de dettes immobilières arriveront à échéance entre 2024 et 2025 en Europe et que les difficultés de refinancement pourraient offrir des opportunités d’investissement intéressantes pour les acquéreurs extérieurs.
  • Des investisseurs tels que Jim Rogers voient un rendement très limité dans la plupart des classes d’actifs, tandis que nous évitons l’or et les matières premières pour leur absence de coupon ou de dividende.
  • Des observateurs voient même un risque de guerre mondiale, où l’Amérique latine semblerait moins exposée et constituerait une option en cas de propagation du conflit, comme le préconise Marc Faber. Cependant, la probabilité semble faible et l’Amérique latine est déjà couverte par l’indice EM, même si cela ne représente qu’une faible part.

Marché des actions en considération des monnaies pour 2024 en Asie

Les turbulences bancaires de part et d’autre de l’Atlantique, associées à la volatilité des marchés, ont apparemment déplacé le centre de gravité de la richesse mondiale vers l’Asie..

Par rapport aux récents rendements élevés des actions américaines (en particulier du secteur technologique), les performances du Japon et de l’Asie hors Japon ont été médiocres, en particulier en raison de la faiblesse des marchés des changes, notamment en raison de la faiblesse de la Chine et, dans une moindre mesure, de l’Asie du Sud-Est.

Les investisseurs ont largement pris en compte les développements négatifs concernant la Chine, comme en témoignent les valorisations revues à la baisse et les signes de rebond grâce aux mesures annoncées par le gouvernement pour résoudre les problèmes intérieurs. Ainsi, la forte sous-performance des actions chinoises par rapport aux actions mondiales et aux actions des pays émergents devrait s’inverser pour les raisons suivantes :

1. Valorisation : Les actions chinoises se négocient actuellement à un rapport cours/bénéfice de 1,2, ce qui représente une forte décote par rapport aux actions mondiales et émergentes qui se négocient respectivement à 2,7 et 1,7.

2. Bénéfices : Les entreprises chinoises devraient enregistrer une croissance attrayante des bénéfices à terme de 15 % en 2024.

3. L’apogée des taux américains

Les pressions à la dépréciation du CNY vont probablement aussi s’inverser, les marchés finissant par admettre le souhait de la PBOC de stabiliser le CNY.

Pour le Japon, à plus long terme, la question se pose de la capacité du pays à répondre aux attentes liées à l’automatisation et à l’IA et à surmonter ses décennies perdues. Le yen devrait finalement se remettre de l’extrême faiblesse de de 2023, et il est attendu les écarts de rendement entre les États-Unis et le Japon se réduiront en 2024.

Par rapport à leurs homologues mondiaux, les entreprises de l’Asie hors Japon devraient enregistrer une croissance des bénéfices plus attrayante, supérieure à 20 % et 15 % en 2024 et 2025, respectivement. Il s’agit là d’un net redressement par rapport à l’année précédente et d’un facteur permettant à l’Asie hors Japon d’inverser les résultats médiocres enregistrés au cours des deux dernières années.

Dans l’ensemble, la confluence de faibles valorisations, de taux américains au plus haut et d’une croissance à deux chiffres des bénéfices est de bon augure pour l’Asie hors Japon. En 2024, la croissance devrait être stable dans toute la région, avec un renforcement des politiques en Chine et une réduction de la décote des actions de l’Asie hors Japon par rapport aux actions mondiales.

Options pratiques basées sur les attentes et la valorisation des actions et des devises

Le ratio cours/bénéfice plus faible et la croissance attendue plus élevée, en particulier pour les bénéfices, malgré un risque politique plus élevé, plaident en faveur d’un investissement en Asie au cours du prochain trimestre, en dépit de la faible confiance des investisseurs internationaux dans la région. La surévaluation du franc suisse, la faible valorisation des devises et la hausse limitée du Japon et de l’Asie hors Japon pourraient constituer un bon point d’entrée. Pour cette dernière, les ETF EM de Vanguard (avec une part plus importante allouée aux actions chinoises) et d’iShares peuvent être un substitut acceptable à un coût raisonnable afin d’éviter une prolifération de différents ETF. Ces mêmes émetteurs ont des ETFs appropriés couvrant le marché japonais.

Sources: 
Oaktree, The Roundup: Top Takeaways from Oaktree’s Quarterly Letters - December 2023 Edition, 14.12.2023
- DBS, CIO Insights 1Q24: Shifting Currents
Q4 interviews par   Marc Faber et Jim Rogers