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Taux d’intérêt: EUR et CHF – Mars 2021

La BCE vise à empêcher une contagion à la zone euro non souhaitée depuis la remontée des taux obligataires à dix ans aux États-Unis ces dernières semaines.

En mars 2020 déjà, la BCE brisait un tabou en s’autorisant à racheter davantage que 33% de la dette d’un pays pour son programme de rachats d’actifs massif. Cette suppression de limites jusqu’ici fixées dans les programmes similaires avait été considérée par beaucoup de commentateurs comme une mesure risquée de financement des déficits des Etats. Christine Lagarde avait alors indiqué, dans un langage visant à marquer les esprits (inspiré probablement du “believe me, it will be enough” de Mario Draghi), mais en même temps peu responsable, qu’il n’y avait «aucune limite» à  l’engagement de la BCE pour l’euro, même s’il s’agissait d’un programme temporaire d’achats d’urgence face à la pandémie

Une année plus tard, le jeudi 11 mars 2021, la BCE indiquait par la voix de Christine Lagarde que le rythme des rachats de dette effectués par la BCE augmentera afin de calmer la nervosité des marchés de fin avril / début mars. La BCE vise ainsi à empêcher une contagion à la zone euro non souhaitée depuis la remontée des taux obligataires à dix ans aux États-Unis ces dernières semaines. Le programme d’urgence contre la pandémie (PEPP) sera donc «nettement augmenté au cours du trimestre à venir par rapport aux premiers mois de l’année» afin que les acteurs économiques puissent continuer à se financer dans de bonnes conditions. Même si les craintes d’un dérapage de l’inflation sont infondées selon la BCE (alors que le taux d’inflation a grimpé à 0,9% en janvier et février en zone euro), l’incertitude actuelle n’incite pas les banques centrales à resserrer leur politique monétaire accommodante.
Mais l’enveloppe de départ comptant 1850 milliards d’euros à engager d’ici mars 2022 et plus de la moitié de cette somme n’ayant pas encore été dépensée, on comprend que la BCE compte soutenir les pays plus faibles en leur permettant d’emprunter à bas coût. Malgré les pressions de l’Allemagne sur cette politique expansionniste, la BCE n’est pas prête à laisser les taux augmenter, même modestement.

Pour le franc suisse, le niveau des taux d’intérêt n’a que très peu augmenté en en ce début d’année, et cela s’est limité aux longues échéances.
La BNS justifie ainsi sa politique expansionniste en cours depuis l’automne de l’année dernière par la volonté de lutter contre les conséquences économiques des mesures Corona, alors qu’avant cela, l’objectif officiel était une appréciation du franc. À cette fin, elle a déployé un budget estimé à 120 milliards de francs suisses en 2020 et a élargi son bilan en conséquence. Les taux d’intérêt en francs suisses restent eux en territoire négatif. 

Le risque principal pour les actions est actuellement de loin une augmentation des taux d’intérêt. Après cette prise en main de Francfort, les investisseurs peuvent avoir la conscience tranquille…pour l’instant.