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Modèle norvégien : L’approche du plus grand fonds du monde

Le fonds souverain norvégien suit les principes de transparence, de faibles coûts de gestion et d’exigence éthique élevée.

Le fonds de pension du gouvernement norvégien est le plus grand fonds souverain du monde et possède une part importante des actions cotées européennes et mondiales (2,6 % contre 1,5 % il y a 10 ans). En outre, son portefeuille d’obligations d’État investit dans les pays développés depuis sa création en 1996. En raison de son importance globale, sa stratégie d’investissement mérite d’être examinée de plus près par les investisseurs privés.

Le fonds souverain gère les ressources naturelles de la Norvège de manière durable et investit principalement en dehors de la Norvège (seul un petit sous-fonds investit dans le pays). Ses objectifs sont doubles :

  1. Il vise à éviter ce que l’on appelle le syndrome hollandais (déséquilibre des revenus résultant d’un afflux soudain de richesses en ressources naturelles) afin de convertir les revenus pétroliers volatils en une source de revenus plus stable pour soutenir les dépenses publiques à long-terme;
  2. Il tient compte des générations futures en transformant le revenu d’une ressource non renouvelable (le pétrole) en un régime de maintien permanent du capital. Conformément au rendement réel attendu, le fonds transfère 3 % de sa valeur (3,9 % exceptionnellement en 2020 en raison de la pandémie) au budget de l’État.

Les convictions de la Norvège en matière d’investissement sont formellement énoncées : Elles incluent l’existence de marchés boursiers qui fonctionnent correctement (marchés relativement efficients) ainsi que la prise en compte des contraintes de taille (la grande taille du fonds est considérée comme un obstacle à la création de valeur par le biais d’investissements alternatifs ou de la gestion active avec seulement 4% délégués à des gestionnaires actifs externes contre 10% il y a dix ans). Sa taille permet par contre des économies d’échelle importante. La Norvège est consciente de l’importance du contrôledes coûts et met l’accent sur la transparence et la simplicité de l’approche. Le fonds ne privilégie pas les actifs privés par rapport à d’autres approches d’investissement, comme le modèle de Yale ou le modèle canadien.

Le fonds a également un long horizon de temps, un besoin limité de liquidités immédiates et une absence d’engagements clairement définis (il se concentre sur l’allocation d’actifs et non sur le passif de son bilan), ce qui lui donne une liberté considérable dans la manière d’investir. Sur la base de critères prédéfinis (refus d’investir dans les secteurs des armes, du tabac et du charbon), certaines industries sont exclues de l’horizon d’investissement.

Son indice de référence stratégique est aujourd’hui un indice 70 : 30 actions : obligations. Les 70 % sont alloués aux actions mondiales (représentées par l’indice FTSE Russell’s Global All-Cap Index – à l’exclusion de la Norvège) et les 30 % restants aux obligations mondiales (représentées par 70 % d’obligations d’État [pondérées par le produit intérieur brut de tous les pays] et 30 % d’obligations d’entreprises [pondérées par la capitalisation]). De la même manière, les écarts par pays et par secteur par rapport aux indices de référence sont faibles.

Les actifs alternatifs constituent l’exception à cette diversification de l’univers d’investissement. Le fonds évite d’investir dans des hedge funds et des fonds de capital-investissement (en raison de leur manque de transparence et d’objectivité dans les évaluations ainsi que de ses doutes quant à la génération d’alpha après déduction des frais de gestion et du risque inhérent élevé). La principale diversification par rapport aux obligations et aux actions est l’immobilier, dont l’allocation est proche de 3% (deux tiers en investissements non cotés et un tiers en titres cotés).

Application pour les investisseurs privés:

Le fonds considère que les marchés boursiers sont relativement efficients et offrent donc des possibilités limitées de gestion active. Les principes de transparence et de clarté de la gouvernance, les faibles coûts de gestion, la forte liquidité et les normes élevées d’exigence éthique peuvent inspirer les investisseurs individuels désireux de reproduire une stratégie passive similaire. En mettant l’accent sur les coûts, le modèle norvégien s’oriente vers l’investissement passif grâce à un écart de suivi très faible et une performance proche de celle du marché.

Malgré les différences structurelles entre le plus grand fonds souverain du monde et un investisseur individuel, cette approche de la gestion de pools d’actifs à long terme restera un modèle pour les investisseurs à long terme, y compris ceux de taille plus modeste, car les investisseurs de petite et grande taille devraient également éviter la gestion active dans leur portefeuille de base. Suivez ce lien pour accéder aux autres principes clés pour l’investisseur individuel.

Source: The Norway Model in Perspective, Volume 47, numéro 5, 2021, David Chambers, Elroy Dimson, et Antti Ilmanen