Voici les événements clés du dernier trimestre qui ont et continueront à influencer les investissements. Il s’agit principalement de l’attractivité du secteur bancaire et des développements en Asie (Chine, Japon et marchés émergents):
Baisse d’attractivité des banques
Les banques sont construites sur des asymétries entre leur passif et leur actif. Elles paient aux déposants ou à la banque centrale un faible taux d’intérêt pour emprunter les fonds et elles prêtent ou investissent ces fonds à des taux légèrement plus élevés.
D’un côté, la solvabilité exige que les dirigeants des banques soient conscients du caractère risqué des actifs qu’ils acquièrent. De l’autre côté, aucune banque ne peut disposer de suffisamment de liquidités pour répondre à ses besoins si un nombre suffisant de déposants réclament leur argent en même temps. Il en résulte que les banques sont essentiellement des investisseurs à revenu fixe à fort effet de levier. Au vue de ce modèle et du risque éternel que posent les banques, celles-ci ont été soumis à un corset de règles strictes. Quelques banques aux Etats-Unis et en Suisse viennent d’être sauvées par une intervention étatique (ou quasi-étatique). Cette surveillance et aide de l’état aura un prix pour l’industrie bancaire: Selon Kevin O’Leary, les banques se sont transformées en infrastructures de base et n’auront plus de rendement intéressant à offrir aux investisseurs dans un proche avenir.
Retour d’attractivité des obligations
La banque singapourienne DBS recommande aujourd’hui une surpondération des obligations suite à la forte hausse des taux sur certains marchés. Elle considère que les entreprises dont le rendement est supérieur à 5 % aujourd’hui seront une source de revenus réguliers. Une possibilité d’investir en réduisant le risque de faillites individuelle est un ETF d’obligations diversifiées. Depuis la hausse des taux, iShares et Vanguard ont ainsi vu des flux importants dans leurs ETFS obligataires passifs notamment. Cependant, les investisseurs en Suisse ne devraient peut-être pas se précipiter sans réfléchir à leur besoin réel et à l’attractivité actuelle relativement basse: En cas d’investissement en ETF corporate en CHF, on peut s’attendre à environ 1 % de coupon, ce qui n’est pas particulièrement attractif, mais devrait augmenter à l’avenir.
La Chine et les Etats-Unis
Selon Ray Dalio, la population américain veut que ses dirigeants s’opposent à la Chine et la politique taïwanaise plus agressive de la Chine affecte dangereusement les relations entre les deux puissances même si les deux pays craignent une guerre. Cette situation affecte également les flux de devises et de capitaux, qui s’alignent davantage sur les flux commerciaux et les alliances géopolitiques, comme on l’a vu avec la banque de développement des BRICs. Celait pourrait se traduire par davantage d’onshoring et de “friendshoring”, tous deux beaucoup moins profitables pour les entreprise et baissant la rentabilité des investissements.
Deux thèmes pourraient jouer un rôle important dans cette lutte d’influence: l’IA et les devises:
- La Chine serait en retard d’environ deux ans par rapport aux États-Unis concernant l’IA innovante (technologies de type ChatGPT). Elle pourrait avoir des difficultés à suivre au vu de l’absence de puces, constituant un avantage pour les Etats-Unis.
- Dévise de réserve: Le projet mBridge de différentes banques centrales sert de plateforme spécialisée et flexible pour les paiements transfrontaliers multidevises. Le Digital Currency Institute de la Banque Centrale chinoise y joue un rôle prépondérant avec l’objectif de connecter les économies par le biais des CBDC. En cas de succès, cela pourrait constituer une infrastructure digitale pour faciliter les flux internationaux en monnaie Chinoise.
Taux de change et niveau des actions au Japon
Les actions japonaises se sont fortement renforcées au cours du dernier trimestre (malgré la baisse de fin juin).
L’assouplissement quantitatif de la Banque Centrale du Japon visant à maintenir les taux d’intérêt à un niveau bas, pourrait prendre fin, réduisant l’attractivité futur des actions japonaises. De plus, le yen s’est apprécié, ce qui rend les actions japonaises moins attractives pour les investisseurs étrangers. Les entreprises japonaises restent cependant performantes dans de nombreux secteurs: Elles fournissent par exemple près de la moitié des robots industriels du monde, les capteurs, les systèmes d’automatisation, l’intelligence artificielle et l’IoT pour la numérisation, ainsi que les systèmes d’énergie renouvelable, les réseaux intelligents et les solutions de stockage d’énergie pour soutenir la transition énergétique. Ce sont des domaines dans lesquels le secteur japonais de l’électronique industrielle peut jouer un rôle essentiel et soutenir la croissance à long terme des entreprises de ces secteurs.
Inde
La performance du marché boursier indien est largement due à l’expansion des prix plutôt qu’à la croissance des bénéfices. Cette expansion peut difficilement se poursuivre, d’autant plus que l’Inde se négocie aujourd’hui avec une prime élevée par rapport aux actions des pays émergents (près de 60 % pour certains analystes) et qu’elle est à un niveau élevé de capitalisation boursière par rapport au PIB (à savoir plus de 100 %). La hausse attendue des prix des actions pourrait ainsi être limitée pour l’Inde compte tenu des taux d’intérêt plus élevés et d’une croissance modérée.
Points clés pour l’investisseur retail diversifié
Pour les investisseurs en global macro equities, la réouverture de la Chine appelle à une surpondération des actions asiatiques. Il faudra surveiller des points d’entrées attractifs au vu de marchés volatiles. Les ETFs Japon sont redevenus légèrement plus attractif fin juin après une forte hausse en début d’année, tout comme les ETFs des marchés émergents avec les constituents clés discutés ci-dessus (Chine et Inde dans une moindre mesure).
Sources:
CIO Asset Allocation, Chief Investment Office DBS, Hou Wey Fook, 25 Apr 2023
Lessons from Silicon Valley Bank, MEMOS FROM HOWARD MARKS, 17 April, 2023
Report: Project mBridge: Connecting economies through CBDC, BIS, October 2022
What I Think Is Going On 1) with China-US Relations, 2) with Their Relations with Other Countries, and 3) in China, Ray Dalio, 26 April, 2023