Categories
Français Marchés

Situation des marchés pour l’investisseur individuel au 4ème trimestre 2021

Si les taux d’intérêt augmentent aux États-Unis en 2023 et en Europe en 2024, une baisse du rendement des actions, est probable à moyen terme pour les pays développés et les grandes capitalisations américaines. À ce titre, vous devriez vous positionner et rechercher des ETFs de marchés avec une marge de sécurité.

L’inflation ne se résorbe pas

La hausse des prix à la consommation, principalement de l’énergie et des matières premières s’est poursuivie durant le dernier trimestre de l’année. Au niveau des prix des actifs, 60% des pays de l’OCDE affichent une inflation des prix des logements supérieurs à 10%. Pour y faire face, 46 banques centrales ont déjà relevé leurs taux directeurs dans les pays émergents en raison du renchérissement depuis le début de l’année, contre 17 dans les pays industrialisés.

Les taux directeurs des principales banques centrales restent pratiquement inchangés 

Pratiquement aucune banque centrale influente n’a par contre pas osé faire le pas:

  • Malgré les attentes, les inquiétudes concernant l’inflation n’ont pas poussé les principales banques centrales à relever leurs taux directeurs durant le dernier trimestre de l’année, avec l’exception notable de la Banque d’Angleterre. Ce mouvement aurait sonné le début de la fin de l’état d’urgence de la politique monétaire des banques centrales de poids, qui a commencé il y a 14 ans avec la crise financière et a été prolongé jusqu’à aujourd’hui par la pandémie. Chez Guide Finances nous tenons à féliciter pour son courage cette vénérable institution en prenant les risques d’une juste décision économique alors que les autres temporisent pour des raisons politiques;
  • La FED n’a elle pas encore prononcé le mot “hausse des taux”. Mais sur le marché américain aussi, les paris vont bon train sur le fait qu’il y aura un tour la vis des taux d’intérêt avant la fin de 2023.
  • Contrairement à la Réserve fédérale américaine, la BCE ne prépare pas encore de changement de politique monétaire. Malgré la hausse marquée de l’inflation en Europe, Christine Lagarde a explicitement mis en garde contre des hausses de taux prématurées. La BNS, dans son sillage, en est encore loin et une hausse des taux directeurs pourrait être envisagée en Suisse au plus tôt en 2023, voire en 2024.

Renforcement du franc suisse

Le franc suisse n’est toujours pas affecté par la crise de confiance et a continué de s’apprécier contre l’euro ce trimestre pour atteindre un niveau légèrement inférieur à 1,05, ce qui signifie que la ligne de défense dure de la BNS a été atteinte. Et ce, bien que la BNS soit déjà intervenue de manière significative au cours du premier semestre. Si la BNS a jusqu’à présent tenté d’empêcher une baisse du cours euro – franc suisse en dessous de 1,05, il est fort possible qu’elle n’intervienne à l’avenir de manière déterminée qu’en dessous de ce seuil. La BNS l’a indiqué en novembre 2021 en faisant référence à l’écart d’inflation croissant avec l’étranger (ce qui est un effet positif du franc fort atténuant l’effet de l’inflation importée).

Il n’y a cependant pas beaucoup de raisons évidentes au renforcement du franc suisse en cette fin d’année. En effet, nous ne nous trouvons pas en situation de crise alors que le franc s’apprécie traditionnellement en période de crise et de stagnation.

La raison principale pourrait être que le franc parviendrait apparemment mieux à garantir son pouvoir d’achat sur le long terme par rapport à d’autres monnaies (utilisées dans le cadre de rachats massifs d’actif). Ainsi, l’inflation plus faible en Suisse fait que le taux de change “d’équilibre” se déplace successivement vers le bas. La force du franc serait donc avant tout une faiblesse de la monnaie unique européenne qui n’inspire pas confiance et perd également de la valeur par rapport au dollar. 

Inquiétudes en Turquie

La livre turque s’est déjà dévaluée d’environ 45 pour cent cette année par rapport au franc suisse, avec des mouvements très violents en fin d’année. Mais cette fois-ci, la crise de la lire ne touche pas seulement les institutions financières turques car le système financier turc est aujourd’hui beaucoup plus internationalisé que lors de la crise monétaire turque de 2001. Des banques espagnoles, italiennes, françaises et néerlandaises sont engagées en Turquie, mais l’impact devrait être faible pour l’investisseur bien diversifié puisque la Turquie ne représente pas plus d’un pourcent de l’index FTSE Emerging Markets. La force du franc Suisse et d’autres monnaies par rapport à la livre turque ne devrait cependant pas vous encourager à des exercices de spéculation massive. Pour un investissement en action et bien qu’il s’agisse d’un point d’entrée attractif, le Total Expense Ratio 0.74% de l’ETF iShares MSCI Turkey est certainement déjà dissuasif. Évitez en particulier une gestion active “do-it yourself” en dilettante sur les marchés émergent et préférez des options d’investissements plus diversifiés.

Perspectives pour 2022

Ces dix dernières années, les investisseurs s’en sont très bien sortis s’ils ont surfé sur la vague des liquidités. En revanche, ceux qui avaient pris les valorisations comme base de décision unique n’ont aujourd’hui pas bonne mine. Cela ne continuera pas éternellement ainsi, car la fête des liquidités touchera un jour à sa fin.

Si les taux d’intérêt augmentent aux États-Unis en 2023 et en Europe en 2024, une correction boursière (mais pas un krach), ou au moins une forte baisse du rendement des actions, est probable à moyen terme pour les pays développés et les grandes capitalisations américaines. À ce titre, vous devriez vous positionner et rechercher des ETFs de marchés avec une marge de sécurité (similaire à l’approche de Warren Buffett au niveau des actions individuelles) et éviter les marchés avec un P/E supérieur à 35 et certains instruments couvrant le marché mondial maintenant. Un investissement unique dans un indice mondial des plus grosses capitalisations était une belle idée pour permettre à chacun de participer facilement au marché boursier, mais l’énorme inondation de liquidités par les banques centrales vers les marchés d’actions a déformé cette voie royale directe vers la richesse et un examen plus approfondi est devenu nécessaire pour tout investisseur recherchant de la valeur à long terme. Difficile d’y voir clair dans les actions clientélistes et politisées de certaines banques centrales (BCE en tête), mais quelques pistes sont envisagées dans des articles précédents, notamment la recherche de valeur dans les indices européens ou émergents.

Source:
Der Franken ist stark - aber nicht wegen seiner Rolle als «sicherer Hafen», Neue Zürcher Zeitung, 10.11.2021
Das ist das Ende der Nullzins-Ära, Aargauer Zeitung Gesamt Regio, 03.11.2021
«Diese Inflation ist struktureller Natur», Finanz und Wirtschaft, 03.11.2021
Wenn die Zinswelt flacher wird, Finanz und Wirtschaft, 03.11.2021
Währungsabsturz in der Türkei beunruhigt Banken, Aargauer Zeitung Gesamt Regio, 30.11.2021